« It’s better to burn out than to fade away ». Kurt Cobain

« Il vaut mieux brûler franchement que s’éteindre à petit feu ».

  À l’occasion du festival de documentaires musicaux « Musical Écran » à l’utopia de Bordeaux, je suis partie voir pour ses 20 ans « 1991 : The year punk broke » réalisé par David Markey en 1992.
L’action se déroule en août 91, le groupe new-yorkais Sonic Youth invite un réalisateur de documentaires à les suivre durant leur tournée européenne de deux semaines. Il accepte. On découvre petit à petit sur le chemin d’autres groupes phares américains : Nirvana, Dinosaur Jr., Babes in Toyland, Gumball, les Ramones etc. Les scènes sont prises n’importe où et librement : sur scène, aux loges, sur la route, en ville… Les participants étaient loin de se douter qu’ils fussent dans un tournant majeur de l’histoire de la musique, mais surtout du punk.

  Nous sommes plongés dans une atmosphère que je qualifierai d’étrange. Les images et les prises sont inéluctablement sales, tout comme le son d’ailleurs. Pourtant, l’ambiance à beau m’être inconnus, je découvre qu’elle me semble, a priori, tout à fait naturelle. Selon moi, cet effet « sale » et « brouillon » du documentaire crée une certaine harmonie entre les images et le son. En réalité, le documentaire est largement basé sur des images d’archives. Ces images sont intéressantes dans la mesure où elles sont saccadées et froissées. Elles possèdent beaucoup de couleurs délirantes telles que du rouge amer, du violet fluorescent, du rose entre le fuchsia et le pastel, du bleu nuit et du noir bien sûr. Finalement, ces couleurs créent une atmosphère plutôt froide mais reposante, entre un mélange de mélancolie et de haine.
Ces couleurs, cette manière de filmer et le son, nous mènent de fil en aiguille à la psychologie des « personnages », des chanteurs. Je précise d’ailleurs que ce film n’est pas commenté, il n’y a pas de voix off, uniquement celle des chanteurs. En fait aujourd’hui, on appellerait ça du vlogging. Ce choix du réalisateur contribue à la compréhension de la psychologie des « personnages ».
On distingue nettement dès le départ le déraillement des chanteurs. Leurs esprits baignent dans l’absurdité, dans l’incompréhension, dans le désespoir devant la dureté de la vie. C’est pourquoi ils sont des artistes, c’est pourquoi aussi, ils sont appelés groupe « punk », ce terme fut utilisé en Grande-Bretagne pour parler des personnes incohérentes. Ils expriment leur incompréhension et c’est comme ça qu’on comprend leur défaillance.


Leur objectif à travers la musique est de lâcher toute leur haine contre la société, contre le monde capitaliste et sa dureté. Le résultat qu’ils obtiennent au début est bon. Ce qui va créer selon moi leur dysfonctionnement, c’est le fait qu’ils jouent pour lutter contre la société qu’ils dénigrent alors qu’au final, ils se retrouvent dans l’engrenage de la société capitaliste et son exploitation massive justifiée par le fameux « nous avons tous le droit de faire du profit ». Par conséquent la situation se retrouve totalement incohérente. Or nous sommes des humains, nous sommes sensibles et comme disait Freud « nous sommes tous des névrosés », l’homme psychiquement parlant ne peut accepter autant de contradiction dans sa manière de vivre et de penser.

  L’antithèse délirante continue pour ces chanteurs jusqu’en 1991 et encore un peu après. En effet, certains prennent conscience de cette « fin du punk »: « the year punk broke » comme la fin des années disco. Pour comprendre cette fin brutale similaire à celle du disco, il faut remonter au début du punk.
Le « punk » né en 1965, on parle au départ du garage rock amateur, qui tente de reproduire les plus grands : Rolling Stone, Beatles, le Who, etc. En 1972, on parle de rock sauvage et de nombreux groupes vont rester dans l’ombre tels que les Sonic Youth. Les maisons de disque en Grande-Bretagne s’emparent des meilleurs produits et c’est comme ça que sur le devant de la scène, on retrouve les Beatles, les Stones… En 70’s (76’s) c’est le « boom » du mouvement punk. Il va inspirer d’autre branche du punk et c’est ainsi qu’on découvrira les Pink Floyds ou encore Eagles. Puis en 1978 les Sex Pistols se séparent et dans la foulée né le mouvement hardcore qui sera plus radical, engagé et brutal avec des rythmes très rapides. Finalement en Grande-Bretagne dans le milieu des années 80 il n’y a presque plus rien. Les USA se retrouvent donc en tête du classement avec Nirvana, les Ramones, les Doors, Iggypop, David Bowie, etc (les Sonics en l’occurrence). Le punk semble poursuivre sa route, mais s’affaiblit au cours du temps. En 1994 Nirvana est désigné comme groupe de « punk moderne », ce caractère moderne est manifesté par les nombreuses influences après 70’s et notamment  le rap, le reggae, le funk et les nouvelles techniques. Progressivement, le punk prend de nouvelles formes, c’est en quoi il s’inscrit dans un tournant du « punk rock ».

  Alors le punk est-il vraiment mort ? Serait-ce un chant, une musique morte ? Si l’on considère que parce qu’il n’est plus joué, oui, il l’est. Or, si on pense que le latin est une langue vivante parce qu’elle est à l’origine de notre langage aujourd’hui alors le punk est vivant, car il est à l’origine de multiples branches musicales.

Voici le trailer du documentaire, bon visionnage !

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