Il y a des jours où la ville nous offre du bon. D’autres jours où elle n’a rien à nous offrir. Sans doute car nous n’avons pas voulu accepter ni même voir ce qu’elle avait à nous donner.

Moi j’y ai trouvé des anecdotes, des petites parcelles de paroles pensives. Des mots, des images qui font écho dans notre esprit et nous animent dans l’instant présent. Mais aussi dans le temps.

Sur le chemin de la fac j’ai rencontré Bordeaux, le vrai, l’excentrique. Je suis tombée sur des personnes qui n’étaient pas de la ville, un petit monde qui a fait chavirer mon petit cœur bien abimé depuis le début de l’hiver. Alors pour te réchauffer, j’écris ces quelques lignes en souvenir de ces rencontres.

J’ai rencontré un vagabond

Dans le tram, des odeurs. Des effluves de solitude parcouraient les allées de cette chenille géante, ce même insecte s’engouffrant dans les rues et les allées d’une cité éclairée.

Cet éclairage qui est censé redonner de la lumière aux visages des personnes endormis. Mais non, nous restions endormies, moi-même j’étais terne.

Puis, le jour s’est levé. L’étape du dodo était révolue, celle du métro touchait à sa fin, nous approchions dangereusement du boulot quand soudain, sans aucune explication rationnelle, j’ai entendu.

Entendu la voix d’un homme, la voix d’un vagabond. Et en sortant du tram avec son chien, il a dit quelque chose que j’ai trouvé à la fois vrai et ironique. Il a dit :

« Il y a un monsieur un jour il a dit l’humain d’abord. Bon il n’était pas gentil mais l’humain d’abord quand même. »

Puis, ma journée s’est illuminée, je me suis dit qu’il existait encore une croyance en l’humain. Car s’il y a bien une chose en laquelle nous pouvons croire encore, c’est en nous.

J’ai rencontré des dormeurs

Ces personnes qui dorment dans le bus. Ce bus que tu prends à 7h alors que certains l’ont pris à 6 h. Quand tu rentres, c’est là que tu découvres un petit monde endormi et bien paisible. Il y a cette fille à ma gauche, aux cheveux blonds, le visage rond, un nez en trompette, on dirait un ange. Et derrière elle, encore, une autre fille dort. Ils dorment tous, sauf moi. Assise au milieu de toutes ces têtes, sûrement en train de rêver.

Pourtant, le chauffeur laisse la lumière dans l’allée. Vu de dehors le bus ressemble à un néon, un petit trait de lumière transportant des dormeurs qui voudraient bien rêver dans leur nuage de plume, leur lit.

Moi aussi j’aimerais mieux être dans mon lit dans un sens. Mais voir le monde un peu endormie, ça donne de drôles d’émotions. Alors je continue de monter dans ce bus chaque matin…

J’ai rencontré des souvenirs

Pour ne pas la nommer, je l’appellerai par la lettre E. Je pense que E. n’aimerait pas que je parle d’elle avec son vrai prénom. Alors, puis-je te parler de E. ?

La journée passée à dévorer du pain miellé trempé dans du thé, nous évoquions ces crayons-pastels qu’elle aimait tant à l’âge enfant. Pour donner un peu de couleur à cette journée des plus grisâtre nous entamions la recherche de ces fameux tubes de couleurs.

Et dans ses recherches, E. fouilla le moindre tiroir, la moindre boîte à crayon qui trainait ou encore les boîtes à souvenirs. Et quel magnifique cadeau elle a pu me faire en me laissant plonger dans ses souvenirs intimes et infiniment plus beaux que la couleur pastel de ses feutres.
Comme une enfant elle redécouvrait dans ses écrits sa passion pour J. au collège et au contraire sa haine qu’elle éprouvait envers N. Et il y a eu d’autres crayons et stylos en tous genres. Des bouts de trousses conservés précieusement pour aucune raison sauf celle de les redécouvrir des années après.

Malheureusement je n’ai pas rencontré les crayons-pastels, mais j’ai rencontré les crayons quatre couleurs dépourvus de gomme, un crayon qui a écrit dans un journal intime et encore d’autres qui ont tant de significations dans le passé de E.

Tu ne m’en veux pas E. ? J’aurai tant aimé te filmer, des étoiles dans les yeux, un voile de nostalgie.

Et puis les flocons

Avant qu’ils ne débarquent, le grand soleil avait décidé de manger une partie du ciel. Installée sur la terrasse du restaurant, j’appréciais ces quelques rayons en compagnie de E. Puis, l’ombre s’est diffusée dans les cieux. Et les nuages ont mangé le soleil.
Quelques minutes plus tard apparaissaient des flocons. Émerveillement de certains qui n’en avaient jamais vu, regard pensif d’autres, des éclipses de sourires entre les gouttes gelées.

Quel calme. Si différent de ces gouttes qui frappent le sol et qui courent toujours plus vite pour atteindre le parterre toujours plus fort. Là, nos flocons, notre neige se posait en douceur. Ces mêmes flocons qui se posaient et fondaient instantanément quand ils n’étaient plus dans l’air.

Enfin, je terminerai avec la mélancolie. Il y a dans le son, dans la couleur et le gout du flocon une envie en moi. Quand il neige j’aimerais me retrouver dans une forêt immensément calme et froide et blanche. Cette atmosphère, vous sentez, le vent qui souffle sur les branches des sapins et les dernières feuilles de l’hiver qui attendent qu’une chose : que les flocons les embrassent. Au milieu de tout ça il y a toi, plongé dans une tristesse joyeuse, noyé dans la mélancolie de l’hiver.

Merci. Pour le temps donné à ces rencontres.

 

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